Najib Mikati veut " tenir à l écart " le Liban des événements en Syrie Le premier ministre libanais était attendu jeudi à Paris pour une visite officielle de deux jours
Thursday, Feb 09, 2012
Laure Stephan - Le Monde
Le premier ministre libanais, Najib Mikati, reçoit au Grand Sérail, le siège du gouvernement. A la tête de l'exécutif formé en juin 2011 et dominé par la coalition du Hezbollah, M. Mikati commence, jeudi 9 février, une visite officielle de deux jours en France. Sa nomination après le renversement de Saad Hariri, en janvier 2011, a d'abord été accueillie avec prudence par Paris. Etiqueté pro-syrien, ce richissime homme d'affaires de 56 ans se revendique indépendant. Il s'est imposé en préservant la stabilité du Liban, malgré les tensions internes au gouvernement. Le 1er février, M. Mikati a ainsi décidé de suspendre jusqu'à nouvel ordre les séances du conseil des ministres, après des frictions avec les alliés chrétiens du Hezbollah.
- Vous êtes parvenu, en novembre, à financer la part due par Beyrouth pour 2011 au Tribunal spécial pour le Liban (TSL), chargé de juger les meurtriers de Rafic Hariri. Cela veut-il dire que les polémiques entourant le TSL ne sont plus de mise ?
Le TSL est l'un des piliers de la stabilité au Liban. Dès le début, j'ai dit que nous ne pouvions pas être sélectifs dans l'application des résolutions des Nations unies. J'ai insisté et nous avons réussi.
Le financement du TSL a diminué les tensions intercommunautaires - entre sunnites et chiites - . Et je crois, oui, que les polémiques sont dépassées pour l'instant.
- Le TSL a annoncé qu'il jugera par contumace les quatre accusés, membres du Hezbollah. La portée en sera-t-elle la même ?
Le Liban fait tout le nécessaire pour rechercher les quatre accusés.
Sinon, le procès se tiendra en leur absence.
- Quelles sont les répercussions au Liban de la situation en Syrie ?
Le Liban est dans une situation délicate. La Syrie contrôle 80 % de nos frontières terrestres. Il est facile de se prononcer quand on est loin. Ma volonté est de dissocier le Liban de ce qui se passe en Syrie. Notre société est divisée, presque à moitié, entre pro et anti-régime syrien. Je ne sais comment vont se terminer ces événements. Le Liban n'a pas de défenses contre un développement négatif. Tenons-nous à l'écart.
- Que redoutez-vous, l'éclatement d'un conflit au Liban ?
Les Libanais sont responsables et ne veulent pas renouveler l'expérience de la guerre. Je n'ai pas peur d'un conflit intercommunautaire pour le moment. Toutefois le Liban, par le passé, a été le miroir de ce qui se passe dans les autres pays arabes, pas seulement en Syrie.
- Craignez-vous une guerre civile en Syrie ?
Je souhaite qu'il n'y ait pas de guerre et que le bain de sang s'arrête de toutes parts.
Plusieurs pays occidentaux, dont la France, pressent pour l'adoption d'une résolution contre la Syrie au Conseil de sécurité. Qu'en pensez-vous ?
La question, pour moi, est comment nous pouvons aboutir à la paix et au meilleur pour la Syrie. Je ne suis pas sûr que ce soit par une résolution internationale. Je crois plutôt en des efforts arabes.
- Qu'en est-il des réfugiés syriens au Liban ?
C'est un dossier auquel nous travaillons, sur le plan humanitaire. Je pense que les Libanais reconnaissent la nécessité de fournir une assistance humanitaire aux déplacés syriens - et non pas réfugiés.
- Comment percevez-vous le rôle de la France dans la Finul (la force des Nations unies au Liban sud) et la réduction de certains contingents européens ?
Lors de la première attaque contre des soldats français de la Finul, en juillet 2011, un retrait de la France en cas de nouvel attentat avait été avancé. Et puis quand une seconde attaque a touché - en décembre - une patrouille française, M. Juppé a affirmé au contraire que Paris était déterminé à rester et à préserver la paix au Liban.
Ça, c'est la France. Sa participation à la Finul est très importante.
Quant - au redimensionnement - de certains contingents, ce qui est primordial, c'est l'engagement politique européen à maintenir la Finul.
A Paris, il sera aussi question de coopération militaire. L'armée libanaise peut-elle aujourd'hui affronter une crise majeure ?
Il suffit de voir les casernes de l'armée dans le Sud... Je souhaite que la France et tous les pays amis aident l'armée libanaise à prendre la relève de la Finul, comme le prévoit la résolution 1701. Comment le faire, sans armes, sans équipement, sans infrastructures au Sud ?
- Notez-vous des tensions préoccupantes avec Israël ?
Je ne mise pas sur la bonne volonté d'Israël. Les menaces, les violations aériennes et maritimes sont constantes. Jour après jour, nous démantelons des réseaux d'espionnage. Mais je ne crains pas l'instabilité au Sud pour le moment. Le cessez-le-feu va être respecté.
- Vous parlerez aussi d'économie à Paris. L'exploration du potentiel offshore libanais en gaz et en pétrole sera-t-elle abordée ?
Pourquoi pas ? Des sociétés françaises sont qualifiées pour la prospection. Avec M. Fillon, je souhaite aborder de nombreux dossiers, dont le plan Paris III portant sur le désendettement du Liban - une enveloppe de 30 millions d'euros va être débloquée par la France .

